Billet satirique à la manière d'Alfred Jarry (du moins ai-je fait de mon mieux).

Dans le cadre de nos éminents travaux d'éthologie, nous allons, ce jour, nous intéresser aux moeurs d'une espèce singulière, actuellement en plein essor bien qu'abondamment chassée au siècle dernier : le facho commun.

L'espèce a ceci d'original qu'elle se divise en au moins deux races principales, dites septentrionale et méridionale (en raison de leur acclimatation géographique préférentielle au nord ou au sud), d'aspect si opposé - du moins à l'observateur peu averti - qu'on pourrait les croire distinctes. Les spécimens du sud, en effet, se caractérisent par une abondante pilosité, au point que le langage commun les dénomme parfois "barbus". A l'inverse, leurs homologues septentrionaux, au poil généralement ras, sinon totalement glabres, pourraient mériter le nom de "tondus" - quoique peu de naturalistes l'aient encore adopté.
Certains ethologues dignes de foi témoignent de quelques cas, rares mais avérés, de reproduction entre individus des deux races : ce qui atteste, sans contestation, qu'il s'agit de la même espèce.

Intéressons nous maintenant, par delà les différences, aux points communs : il en est un, notable, qui mérite d'être souligné.
Le facho commun vit en hardes organisées, au sein desquelles règne une hiérarchie, parfois floue mais toujours inflexible, de mâles dominants. En outre, l'évolution et certain atavisme l'a poussé à pratiquer une forme d'élevage, analogue à celui que pratiquent les fourmis à l'égard des pucerons : les membres de ses troupeaux se trouvant par coutume affublés d'un uniforme.
Là encore, les deux branches diffèrent notablement : alors que la race du sud s'est spécialisée dans l'élevage de femmes (généralement affublées d'un foulard, et plus rarement de "niqab", pièce d'étoffe ne laissant visible que les yeux et réservé à quelques spécimens d'élite), la race du nord élève plutôt des gendarmes, et autres représentants de la gent martiale (généralement affublés d'un uniforme lui aussi assez ridicule, et parfois de cagoules ne laissant voir que les yeux, là encore réservées à quelques bêtes d'élite pompeusement nommées "forces spéciales" ou "groupe d'intervention").
Dans les deux cas, les mâles dominants tentent de justifier ces pratiques, au demeurant purement agricoles, par des argument idéologiques : lesquels sont dénommés, au sud, "Islam", et au nord, "Identité Nationale". Le fondement de cette argumentation reste, à ce jour, obscur.

Même le profane ne manquera pas de noter ici certaine similitude, qui atteste pour cette espèce de l'existence probable d'ancêtres communs, ou à tout le moins d'un instinct récurrent : Il est donc pour le moins surprenant que les deux races nourrissent l'une à l'égard de l'autre une franche hostilité, qui semble remonter aux premiers âges de l'évolution, ainsi qu'à une présence minoritaire de specimens du sud dans l'écosystème du nord, et inversement.

C'est pourquoi nous nous proposons, ici, de soutenir une thèse audacieuse : à savoir, que leur réconciliation pourrait être plus proche qu'on ne le pense, pour peu que le sens de l'évolution veuille bien la favoriser.

Nous allons prendre un exemple, certes local, mais généralisable : les specimens observables au sein même de l'écosystème du nord - et même en deçà de la ligne bleue des Vosges - y suffiront.
Intéressons-nous d'abord au "niqab" méridional, généralement de couleur noire; n'ayant rien trouvé dans les Saintes Ecritures de l'Islam qui justifie ce choix esthétique, nous inférons que rien n'empêche ledit accessoire d'être plus chatoyant : par exemple, porteur de trois bandes, l'une bleue, l'autre blanche, et la dernière rouge.
Dans ce cas, nous voyons bien qu'il deviendrait, non plus un facteur de discorde, mais d'intégration, si ce n'est une sorte d'étendard de l'Identité Nationale, tout en demeurant adapté à son usage premier.
Un rapprochement analogue pourrait concerner la race septentrionale : les cagoules noires se voyant décorées selon le même principe, et s'il s'agit de les différencier, par l'application non pas de bandes, mais de cercles concentriques, à la manière d'une cocarde (ou d'une cible, diraient les plus sarcastiques : mais ce serait là jugement de mauvaise foi).

Souhaitons maintenant que cette digne publication, que nous espérons de caractère prophétique, ne disparaisse pas dans les poubelles de la science...