Il existe depuis quelques années déjà des anti-radar communautaires (généralement à base de GPS et de GSM), comme le Coyote(r) et le Wikango(r), permettant aux usagers de s'avertir mutuellement de la présence de radars sur les routes.

Il est maintenant question de les interdire en France : est-ce vraiment réalisable ?

Sur le plan juridique :

Il n'est pas certain que cette interdiction soit légale, ni même constitutionnelle, du moins du point de vue de l'utilisateur. Il est difficile d'interdire à quiconque de s'exprimer publiquement : et signaler la position d'un radar sur un site internet, par exemple, appartient au domaine de la liberté d'expression.

En outre, interdire ces systèmes aura des conséquences économiques : leurs fournisseurs emploient de nombreux salariés. L'interdiction leur causera un préjudice financier important, dont ils demanderont probablement réparation (leur activité étant jusqu'alors légale... certains ayant même été récompensés par le Ministère de l'Industrie au titre de l'innovation !)

Quant à interdire les avertisseurs de radars fixes, type Inforad(r)... L'idée parait assez saugrenue (la position des fixes étant une donnée publique, et la position de votre véhicule ne paraissant pas relever pour vous du secret d'Etat, au nom de quoi vous interdirait-on de les corréler ? Doit-on interdire les GPS à bord des véhicules ??)

Sur le plan technique :

Les prestataires d'anti-radar collaboratifs peuvent parfaitement passer en mode web, et héberger leurs serveurs à l'étranger. Ils peuvent en même temps se recentrer sur le signalement de points dangereux (accidents, verglas, bouchons...) et cesser d'axer leur communication sur les radars. C'est les méchants utilisateurs qui détournent le système, m'sieur l'Agent ! Et en plus, ils signalent des radars français sur un serveur dédié à la sécurité routière ukrainienne, çà c'est vraiment pas bien...

Les boîtiers GPS/GSM, déjà assez discrets, peuvent être remplacés par des applications pour smartphones (certains proposent déjà cette alternative). C'est beaucoup plus difficile à détecter... donc à interdire (le téléchargement d'une application vient remplacer l'achat d'un boîtier, et l'utilisateur ne détient qu'un simple téléphone plutôt discret).

Enfin, il reste une arme absolue : l'open-source, les protocoles ouverts, et le "peer to peer".
Imaginons que les fournisseurs de ces systèmes proposent un protocole ouvert d'encodage/transmission des informations de "points à risque" et ouvrent leurs serveurs aux terminaux utilisant ces protocoles : de nombreux programmeurs pourront alors développer des applications de signalement, ainsi que mettre à disposition des serveurs pour héberger les informations (il est possible d'en constituer un maillage, flexible et changeant, comme avec le "peer to peer" fréquemment utilisé pour la musique en ligne - les serveurs s'échangeant alors des informations sur les points signalés, et les mettant tous à disposition de leurs utilisateurs connectés).

Même en supposant que les prestataires commerciaux ne fassent pas ce geste, il se pourrait que cette idée émerge quelque part dans la tête d'un automobiliste technicien, et qu'il parvienne à fédérer une communauté. Après, c'est l'effet boule de neige...

Alors, on commence quand ?

Si on reste passifs, ce n'est pas du signalement des radars qu'il va s'agir, mais du simple droit des citoyens à se communiquer des informations entre eux... Et çà, il n'est pas question de l'interdire, parce qu'on est (encore...) en démocratie, et la liberté de s'exprimer et communiquer publiquement est un droit fondamental !

En attendant, une simple manifestation coordonnée pourrait refroidir notablement les ardeurs gouvernementales, çà serait toujours çà de gagné (çà commence à chauffer sur les forums d'utilisateurs, chez les "Motards en colère" et autres clubs d'usagers de la route, sans parler des professionnels du volant - soit quelques millions d'énervés... et d'électeurs... potentiels !)